Valencia

Valence, la ville de la Paëlla, à bien prononcer “Paeya” si on veut avoir l’air un tantinet espagnol. Elle nous fait de l’oeil, on y approche, mais on n’y est pas encore. Ayant un peu d’avance sur notre planning, on n’est pas pressé et on prend le temps de descendre cette Costa Dorada au rythme suisse. Après avoir quitté le delta de l’Ebre, on quadrille le prochain village à la recherche d’un glacier, poussé par cette envie d’helado qui semble devenir une habitude après ces chaudes journées de vélo. N’ayant rien trouvé dans le village de Rapità, on finira par ressortir d’un supermarché BonArea avec un paquet de biscuits “Digestive” et de quoi faire un petit repas de queso de cabra avec du riz et quelques légumes qu’on dégustera à la lumière de nos frontales quelques kilomètres plus loin.

Se réjouissant de nous rendre à Valence, c’est tout naturellement que nous suivons la côte, route la plus directe. Quittant gentiment les accents catalans pour un espagnol que nous comprenons de mieux en mieux, nous empruntons la piste cyclable EuroVelo 8 qui longe la Méditerranée de la Grèce à l’Espagne sur plus de 7’600 km. De grandes portions sont encore à l’état de projet mais elle retrouve un caractère plus accueillant, caractérisé par un joli trait bleu sur les cartes routières pour vélo, à la sortie du delta de l’Ebre. Elle nous amènera, pour commencer, à Peñiscola. L’immense promenade toute droite longeant une plage de 4 km est assez impressionnante, mais ce qui rend cette petite ville toute particulière est certainement son château dominant la mer du haut de sa presqu’île.

Cette EV8, toute belle et bien tracée sur laquelle nous cheminons, change du tout au tout lors de la traversée du parc naturel de la Serra d’Itra. Une piste vallonée d’une vingtaine de km de pur gravel nous emmène avec un certain effort sur des pentes bien raides dans un décor magnifique où les pauses photos et vidéos permettent un peu de repos. 

Rosette, toujours plus à son aise sur son Sirius, avance vite sur les chemins de gravier laissant des nuages de poussière derrière elle. Björn et moi, dans leur sillage, essayons de les filmer slalomer entre les gros cailloux sur leur passage. Avancer sur ces chemins avec une certaine vitesse nous donne une sensation de liberté. On voit défiler les paysages en sentant le vent sur notre visage, les odeurs agréables de la mer et des buissons; ici tous nos sens sont en éveil. Après cet épisode off road, on retrouve la facilité du goudron qui nous pousse, vraiment malgré nous, devant le glacier du coin pour une pause bien méritée.

Une petit coup d’œil sur notre carte pour trouver le camping le plus proche, au bord de la plage, où on restera deux nuits, toujours fidèles à notre rythme naturel d’un jour de pause pour 3 jours de vélo. L’endroit n’a rien de charmant et on se rend compte que les campings espagnols de bord de mer attirent plutôt une clientèle familiale ou des retraités en cette période de basse saison. Celui-ci ne fait pas exception; bien que les gens sont charmants, on ne rencontre pas beaucoup de cyclistes ou autres personnes sous tente. L’univers ici nous fait plus penser à une maison de retraite où les interdictions sont multiples; on se sent bien loin des petits campings alpins ou des Fincas espagnoles qu’on trouvera plus tard sur notre chemin. On profitera de cette pause pour lire et courir en toute simplicité.

La reprise du vélo nous fait du bien comme à chaque fois et on se lance pour une belle étape de pistes cyclables. Quand elles existent, les pistes espagnoles sont magnifiques, très propres et ça roule vite. Elles sont souvent bien marquées comme des routes de voiture avec Stop, céder-le-passage, etc. Aujourd’hui, c’est le 12 octobre, un jeudi et c’est la fête nationale espagnole qui, on l’a vite appris, s’étendra sur quatre jours jusqu’au dimanche. Les espagnols ne manqueront jamais l’occasion de prolonger la fiesta! Ne pouvant faire de course, on finira nos biscuits, amandes et cacahuètes partagées avec Rolf. Ce cycliste d’une cinquantaine d’années, que nous étions heureux de rencontrer, s’est installé à coté de nous pour la nuit. Il est parti du nord de l’Allemagne pour rejoindre Tarifa en seulement 2 mois et avec 10 euros par jour, un gage imposé par ses deux filles aimant elles-aussi les challenges en bikepacking.

Nous partagerons avec notre cher ami aussi un combo bain matinal / café au goût nostalgique de nos baignades dans le lac Léman, avant de lui dire au revoir et de repartir nous aussi en direction de cette Valence qui semble enfin se rapprocher. 

Valence. Une grande ville aux bâtiments historiques bien connue des touristes qui apprécient marcher dans les petites ruelles charmantes, se poser pour quelques tapas ou alors déguster la fameuse Paella Valenciana avant de retourner dans leur bel hôtel après une petite helado pour clôturer leur journée. Rosette, Sirius, Björn et moi avons vécu Valence un peu différemment. Basés à 20 km de la ville, on a laissé nos sacoches et sommes partis visiter la ville tous les quatre en sillonnant les 120 km de pistes cyclables. On n’en aura parcouru qu’une toute petite partie dans cette ville qui se prête particulièrement bien à ce mode de visite vu sa grande étendue. Une petite paella sur le pouce et nous voilà repartis vers notre campement pour cette jolie sortie à vélo. Mais le contact avec cette belle ville ne s’arrêtera pas là.

Le lendemain, nous dirigeant vers le sud pour la suite du voyage, nous la retraversons en visitant d’autres endroits que la veille. Et voilà que, précipité par cette vie citadine, la garde un peu lâchée, je freine brusquement devant un feu passant du orange au rouge, et Paf ! Rosette s’arrête net dans mon dérailleur qui fait une drôle de mine, tout recroquevillé sur lui-même. Après avoir démonté la roue arrière, le verdict est sans appel: la patte du dérailleur est pliée, impossible de continuer. S’ensuit un grand blanc… Nous qui venions tout juste de partir pour une grande étape de 90 km, nous voilà immobilisés un dimanche dans cette grande Valence… Il en faudra plus que ça pour dérouter Rosette qui nous aura trouvé, en 10 minutes, un petit shop de location de vélo: PelicanBike, tenu par Miro qui nous a accueilli avec son grand sourire. Il est le seul loueur de vélo qui semble posséder un petit atelier de réparation, qui plus est ouvert le dimanche! Le mécanicien, appelé en urgence, redonnera vie à Björn en moins d’une heure. Ce petit incident, nous aura tout de même grillé notre première cartouche; nous étions en effet parti avec 2 pattes de dérailleurs au cas où.

Une heure plus tard, nous reprenons la route en traversant cette fois le sud-est de la ville à l’architecture étonnante. De grands bâtiments futuristes jaillissent des parcs verts et des plans d’eau comme le Museu de les Ciències Príncipe Felipe, le Museu Oceanogràfic ou encore l’Hemisfèric.

En fin de journée, affrontant un fort vent de face, on se fait dépasser et klaxonner par un fourgon, aux plaques valaisannes…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *